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Bruxelles ma belle: un matin pas comme les autres

C’était un matin comme tous les autres. Elle pensait que ça le serait…mais ce 22 mars n’est pas une journée comme les autres….

Le réveil a sonné vers 06h du matin, elle est descendue vers la salle de bains, la tête dans le cul comme tous les matins. Elle a pris une douche au calme avant de réveiller ses enfants. Comme chaque matin, cela a été a course: vite s’habiller, vite petit-déjeuner, être sur le dos de ses ados qui ont tendance à prendre la vie en mode babacool moms, t’inquiètes je gère…tout le petit monde s’apprête pour cette nouvelle journée, tout le monde trace son chemin. On se fait un bisou d’au revoir et on file…

Elle se rend compte qu’il fait froid lorsqu’elle arrive à la gare, elle a oublié son petit foulard tout doux. Les gens s’entassent comme tous les matins sur le quai de la gare, en râlant parce que le train est en retard, comme tous les autres matins. C’est devenu une espèce de blague, les soupirs du matin sur le quai de gare… Elle prend toujours ça à l’autodérision car au final on ne contrôle pas la vitesse du train, un souci de moins. Elle parie sur les minutes de retard avec une autre dame, celle qui gagne paie un café en arrivant à la gare du midi à l’autre, le vendredi.

Lorsqu’il arrive, elle entre dans ce train où s’entassent déjà quelques 300 personnes, blasées dès le matin. Personne ne dit mot, personne ne se regarde. Ils sont tous entassés, personne ne semble heureux. Le train roule, certains sursautent à chaque arrêt, profitant des 40 minutes de trajet pour fermer l’ oeil. D’autres lisent le journal, d’autres écoutent de la musique pour patienter. Et puis elle, elle observe toutes les personnes, leurs expressions faciales, les moments d’ennui ou d’ énervement. Les petits amoureux qui roucoulent aussi.

Lorsque le train arrive à Bruxelles, son regard croise les 4 autres trains qui arrivent en gare, bondés de fourmis qui se rendent à la capitale le teint neutre et gris pour travailler. Les gens descendent tels des automates des trains, se bousculent comme tous les matins sur les escalators, filent dans les longs couloirs vers le métro. Elle prend le métro, comme d’habitude. Tout semble normal. Dans le métro les visages sont austères comme toujours, si tu as le malheur de croiser le regard d’une autre personne elle te regarde en se demandant pourquoi tu poses ton regard sur elle. Surtout que toi, tous les matins lorsque tu entres dans la rame de métro tu lances toujours un joyeux  » Bonjour à tous » en larguant ton sourire tel un éclair, juste pour sortir les automates de leur torpeur. Certains la regardent choqués, d’autres rendent le sourire. Mais jamais personne ne répond. Elle trace son chemin jusqu’au bureau en passant devant les boutiques qui se préparent à ouvrir deux heures plus tard. Elle admire le ciel car ce matin le soleil perce les nuages. Le printemps est à nos portes, les vacances de Pâques aussi, elle espère pouvoir  en profiter avec eux la semaine suivante.

Elle arrive au bureau et se connecte sur Facebook en mode furtif et  se rend compte qu’une explosion a eu lieu à l’aéroport de Zaventem. Ben merde alors, ça doit être le bordel!  Sans penser aux jours qui ont précédé ce matin de deuxième jours du printemps. Parce que dès qu’elle allume son poste de télévision, l’actualité n’est pas positive, elle zappe.
Puis vite elle voit des images d’une jeune femme qui filmait en temps réel à Zaventem, le terminal des arrivées de l’aéroport a été soufflé, il y a du sang partout, des personnes paniquées. Et là, son sang ne fait qu’un tour, des pères ont perdu leur enfant, des soeurs ont perdu un frère, des enfants ont perdu un parent…Elle se sent très triste de voir ce monde.
Quelques 20 minutes plus tard tout bascule, explosion dans le métro, pas très loin de là…et là son sang se fige, les pensées affluent par dizaines dans son esprit, elle lis le mot  » attentat » partout et elle voit des images…Pourvu qu’il n’y ait pas d’enfants blessés, ni de morts! Puis on sait qu’il y en aura et tout le monde a peur qu’un proche, un ami ou une connaissance ne soit touché, mort…tout le monde est dans le flou, tout le monde retient son souffle.

Impossible de penser à ce qu’elle doit faire ce matin, elle s’effondre et pleure. Elle pleure de tristesse, de colère, elle pleure parce qu’elle se sent impuissante devant ce qui se trame, ce nouveau monde qui se forge sous ses yeux….Elle regarde le monde et se demande comment vont vivre ses enfants dans le futur. Elle reste là terrorisée en se demandant ce qu’il se passe réellement, elle pense à ses enfants qui sont à l’école et qui devront assimiler ce soir ce qu’il se passe. Elle pense à ses collègues qui ne sont pas encore arrivés, à ses amis qui tous les matins prennent aussi le métro. Où sont’ils? Comment vont’ils? Heureusement les réseaux sociaux font transiter des informations utiles en temps réel et elle s’est accrochée à ce petit peu de vie qui était disponible sous ses yeux.  Elle passe les truc ignobles qu’elle lis par contre…

Elle voit des combis de police passer et des ambulances, toutes sirènes hurlantes qui passent sous les fenêtres, elle voit des militaires alertes et des hélicoptères qui grondent dans le ciel de Bruxelles. Le quartier est bouclé et un silence pesant s’installe…C’est à ce moment qu’elle se dit que dehors c’est grave, vraiment grave.

Haaaaaaaaa Bruxelles ma belle, Bruxelles ma toute jolie, aujourd’hui tu souffres, comme Paris a souffert. Mais comme beaucoup d’autres villes ont aussi souffert. Il ne faut pas l’oublier car depuis quelques années, ça se cumule!
Tu te disais déjà en Novembre que la menace se rapprochait et tu as pleuré, beaucoup pleuré pour les victimes de la violence. Et ce matin, tout se passe sous tes yeux, dans tes rues, avec tes gens…Tu vois la panique, la colère, les gens blessés, les forces de Police qui font  » comme ils peuvent » dans de telles circonstances. Et moi je saigne, encore une fois, je saigne de voir le monde….

Les heures passent et se ressemblent trop… entre l’information et la désinformation…la vie continue… entre questions qui restent sans réponse, ce flou, le soleil lui continue à briller tranquillement… pendant qu’un pays saigne et pleure ses morts….Ce n’est pas le monde dans lequel elle veut vivre, ce n’est pas le monde qu’elle aime, elle ne veut pas avoir l’habitude de voir  » ça », de ressentir tout ça comme ça….

Il est bientôt 16h et son coeur saigne….Bruxelles je t’aime, ma Belgique je t’aime, aux anges partis rejoindre le ciel je vous aime aussi putain!
Un jour un proche part en vacances et ne revient pas, un jour tu prends le métro et tu  ne survis pas. N’oubliez pas combien la vie est précieuse, n’oubliez pas de dire aux personnes que vous aimez combien elles comblent vos vies de bonheur. Passez du temps avec elles, donnez leur de l’importance car un matin, tout peut basculer, vous pouvez les perdre à jamais…

Chers batards, chers terroristes ce soir je mangerai un paquet de frites avec des amis et ma famille en pensant aux victimes tombées, aux blessés. En savourant amèrement la colère que je ressens, celle que vous engendrez: parce que vous me rendez forte dans la douleur, vous m’éveillez à ce nouveau monde qui se forge sous mes yeux innocents. Qui ne le sont plus et qui réalisent. Je suis une mère, une enfant et une soeur. Et l’instinct de survie croyez-moi, bouge des montagnes et des océans…J’inonderai mon petit monde de mon sourire, de mes blagues pourries, je dirai aux gens que j’aime que je les aime. Je vivrai avec mon coeur qui bat à l’unisson avec le monde…Parce que vous êtes impuissants devant mon amour, ma rage de vivre. Devant notre rage de vivre, notre amour, notre volonté. Vous ne comptez pas, vous frappez en pensant affaiblir mais c’est le contraire qui se passe…

Je serai toujours debout et fière et jamais je ne déciderai de céder à cette terreur que vous désirez installer. JAMAIS.  Après la violence et la guerre viendra l’amour et la paix, dans longtemps je sais, je suis réaliste.Après encore des milliers de morts.  Mais avant cela…nous sommes toujours là, forts et unis, prêts à avancer….parce qu’avec de l’amour, de l’espoir, de la force et de  » l’ Union par la douleur » avec d’autres nations, savez…. on est bien plus forts, très forts!

Je vous partage une photo qui prend tout son sens aujourd’hui, prise à Bruxelles il y a quelques temps!

attentat bruxelles 22 mars 2016

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